lundi 11 mai 2009

Lettre à Gwendall, sans qui les "Paris by night" n'ont plus tout à fait la même saveur...

[Billet du 24 septembre 2008, remanié pour présentation à la Ville de Paris]


Gwen, mon Amour, te souviens- tu de ce joli samedi? Mais si…


En fin d’après- midi, tu m'avais appelé. Tu voulais que nous passions la soirée ensemble et tu avais ajouté : "Tu sais, rien que nous quatre… Toi, moi, la nuit & Paris… "

J'ai mis du rose sur ma bouche et mes joues, enfilé ce haut blanc que tu aimais tant, et me suis engouffrée avec ferveur sous les trottoirs de la capitale… Pour te rejoindre.

Tandis que le jour descendait à la terrasse du bistrot, les commissures de tes lèvres remontaient… Mon regard se perdait dans ton sourire et mes mains s’agrippaient, tantôt à mon verre de vin sur le zinc, souvent à tes longs doigts brunis par les derniers rayons de cette fin d’été.

Nous sommes allés manger rue Sainte- Anne, et en sortant du restaurant, tu m’as dit:"Allez viens, on va aller la voir ta Tour Eiffel toute bleue!". Pire qu'une touriste, je suis toujours en extase devant la Grande Dame de fer. Je ne l'avais pas encore vu de près depuis qu'elle était déguisée "à l'Européenne", parée de ses douze étoiles jaunes. Alors, depuis le printemps, j’insistais pour qu'on aille l’admirer de nuit, vêtue de son nouvel habit de lumière.

Nous avons repris le métro jusqu'à Bir- Hakeim. A la sortie, un des nombreux vendeurs à la sauvette m'a prise pour une étrangère, et m'a abordé en anglais pour tenter de me vendre un souvenir miniature et kitschissime à souhait. J'ai répondu que j'étais Française.... Nous avons ri ensemble et il m'a gentiment offert un porte- clef doré pour s’excuser.

Puis, Elle est apparue entre le feuillage des arbres, et j'ai trouvé que le bleu lui allait à merveille. Il ne t'a pas fallu longtemps pour avouer qu'Elle te plaisait aussi dans cette couleur. Nous lui avons tourné autour, nous sommes passés dessous, et nous avons attendu qu'Elle scintille. Moment magique. Quelques instants avant, la foule retient son souffle, se prépare, et dès le premier clignotement, cette tension est relâchée dans un immense cri d'admiration et des frissons, qui parcourent tout le Champ de Mars, du Trocadéro à l'Ecole Militaire.

Nous sommes encore restés un peu à la contempler, assis sur un banc, tout- petits que nous étions face à Elle. Tu m’as pris la main et nous avons fait une partie du chemin retour à pieds, en longeant les Quais de Seine jusqu’à Issy…

Gwen, mon Amour, te souviens- tu de cette si jolie nuit ? Mais si…

Deux jours plus tard… Aux heures sombres… A quelques enclavures du XVème arrondissement cher à notre trop brève histoire… La tête encore pleine de Bleu et d’étoiles… Tu quittais la Vie… Sans un bruit…

Cet hiver, je n’ai pas eu le courage de retourner la voir de si près… Sans toi.

Souvent, au détour d’une rue, je l’aperçois… D’à peu près n’importe où dans Paris, sa pointe qui se distingue au loin… Puis le pincement vif et brûlant au cœur qui s’ensuit… Celui- là même qui me coupe le souffle depuis bientôt neuf mois, mais qui ne stoppera jamais ma course difficile mais acharnée vers le Bonheur…

Cet été, c’est décidé, j’irai lui rendre visite à la Grande Dame… Le cœur sûrement plus lourd que la dernière fois, parce que gonflé d’amour, de souvenirs et de ta douloureuse absence, toujours si présente… Même s’il me suffit de fermer les yeux, n'importe où, n'importe quand, pour ressentir l’émotion toujours intacte qui m’a submergée durant cette inoubliable nuit d'août à tes côtés, à ses côtés…

Gwen, mon Amour, te souviens- tu? Mais si…

Parce que moi, je m’en souviens tellement bien…

Je n’oublierai jamais la nuit.
Je n’oublierai jamais Paris.
Je ne nous oublierai jamais.
Et Toi, jamais, jamais je ne t’oublierai.